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2011 Les Açores

                                        Tout était donc prêt pour la grande vadrouille au Brésil...

  Hélas, "le crabe" s'est invité dans la famille, et le projet est remis aux calendres grecques.

  La maladie éloignée, Chimère émet le désir de s'ébrouer dans un galop d'essai. Une capote achetée à Jacques Riguidel, celle de son Barbados 50 "Puissance 9", qu'il transforme en sloop, parachève les préparations antérieures. 

  Juillet août 2011, cap sur les Açores !

               L'équipage au départ de Bordeaux, Pierre, Jean Paul et Jean, quasi 200 piges au total :

                                         

                  La sortie des écluses... Très souvent en panne... Au deuxième essai, 36 heures perdues...

                                         

   En sortie des passes Sud de la Gironde, Merlin, le SunFizz de Christophe, nous accompagne aux premières heures de la  matinée avant de piquer plus sud vers la côte Basque espagnole...

                                         

     Le vent et la mer montent fortement dans l'après midi, plein ouest. Garder un minimum de cap impose un près serré qui devient nauséeux...

Oh mer oh océan

Oh liquide obsédant

Et ton flot clapoteux

Me tourmente l'estomac

Ca y est ça recommence

Aaaahhh beuueueueueuuuu...

Donc...

                                         

 

       L'équipier Blanc et Rouge, Jean Paul, étant vraiment HS ( ne répond plus aux questions, ne boit plus) et l'équipier Bleu, Jean, n'étant plus capable d'aller au pied de mat pour prendre le troisième ris,  le 'pitaine y va, jugeant que treize noeuds pour dix mètres à la flottaison, c'est ambitieux en diable, puis décide le demi-tour avant la nuit noire... Retour à Port Médoc...

   A terre à nouveau, conciliabule et introspection, regrets et doutes, envies et refus, orgueil avoué ou non et fumée blanche...

  On repart à deux, le troisième préférant se sacrifier plutôt que de faire risquer aux deux autres un deuxième et définitif retour.

   D'autant que le calendrier bat de l'aile maintenant de quatre jours ! Deuxième départ donc, le 25 juillet à 14h, cette fois par les passes Ouest, et cap à l'ouest au maximim pour éviter d'engolfer une deuxième fois...

    Mais que nenni, le vent nous oblige quand même à une belle virgule à la hauteur de Cap Breton.

             

   Le passage par le travers de cap Finistère, une soixantainr d'heures après le départ sera énergique. Nous le saluons pourtant à plus de soixante nautiques, montrant par là un respect significatif !

   Moins de huit jours après, à plus de 130 miles par jour, Chimère semble prête à dépasser nos prévisions les plus optimistes : Nous évaluons, Jean et moi, l'arrivée à São Miguel dans les 48 à 60 heures...

                                         

  Le téléphone satellite via Agnès nous donne la météo tous les soirs, et à midi Jean prend des nouvelles du reste de la terre.

  Un merci ému au meilleur équipier de grand large, le seul toujours prêt, toujours vaillant, même si parfois ses susceptibilités peuvent énerver... J'ai bien sûr nommé la Navik, notre régulateur d'allures, surnommé Jean Paul en hommage à l'équipier qui nous a laissés, et qui adore barrer. La Navik a barré 24/24, 7/7... Tous vents, toutes mers.

                

 

                                                                                         Même pendant les baignades !

 

                 

 

        Et puis le vent est passé pleine face, en molissant ... Moteur, essais divers pour gagner quand même un peu en cap et en vitesse.

        A l'approche, longue et secouée, du cap sud est de l'île de São Miguel, la mer s'est transformée en shacker entre les mains d'un barman très inspiré. Cocktail houleux, sec et court, mouillant et froid. Impossible la nuit venu d'apercevoir ni l'île, pourtant à moins de vingt nautiques sur le GPS... ni son phare de Punta do Arnel ! Inquiétude de Jean, qui met en doute le GPS. Vérification faite sur celui d'un téléphone portable, soit les satellites sont bourrés, soit on est bien à moins dans les vingt miles de l'arrondi au sud est de l'île.

       Dure, la dernière nuit... Descendre sur Santa Maria, la petite île à cinquante miles das le sud ? Continuer à tirer des bords carrés contre une mer sèche en staccatos wagnériens ? La réserve de gazole ne permet plus guère de se fier à elle et de toute façon, c'est déplaisant. Je ne décide rien, préférant heure après heure attendre que le vent et la mer acceptent de coopérer. Ce qui énerve fortement l'équipage...

        Enfin la terre apparait, et la mer à son approche se fait plus maniable. Je commence du rase caillou, la côte étant connue comme exempte d'écueil dans le secteur.

 

   A deux les quarts sont longs... Jean apprécie peu la proximité de la côte, et encore moins de régler le régulateur qui joue les grandes fofolles dans ces conditions cotières de mer et de vent. Il se lance alors, couteau entre les dents, dans une longue régate au près serré, barre en main et oeil allumé. Courageusement, je m'éclipse pour dormir...

   Quand il me réveille, il a gagné vingt bon miles, mais il est quand même un rien fatigué...

   Au lever du jour, après consultation des cartes et guides, je décide d'opter pour un arrêt pétrole de dix minutes à la marina de Vila Franca do Campo, afin d'assurer tranquillement l'arrivée à Punta Delgada. Le vent, force 2/3, longe la côte, et devinez d'où il souffle ? L'idée était bonne, mais à huit heures du matin, dans un port désert, un gardien manchot mais gesticulant, postillonnant et virulent, atteint d'une diarrhée verbale aiguë, bloque toute entrée. Que Yemanja prenne soin de lui ! Nous arriverons quand même vers midi, le 5 août, traversée en douze jours.

  L'escale... 

   Ah, l'escale, ses douches chaudes, ses restos, son sol immobiles, ses filles aux longues jambes fines... Bon, pour le dernier item, ne pas négliger qu'il s'agit d'une île portugaise...

  Accompagné par Gérard, de "Salam" et son jeune équipier Fabien, on part faire le tour de l'île...

  Et c'est une très belle île. Regardez plutôt : le Lac Bleu et le Lac Vert. :

    

   Un autre lac...

 

     

      Les villages de bord de mer, là où un port de pêche était possible :

     

      Et au bout du bout, le phare de Punta do Arnel, à qui Jean tenait à dire son fait les yeux dans les yeux... Et bien, avec finesse, les naufrageurs locaux l'ont édifié tout en bas d'une belle falaise presqu'abrupte de bien deux cents mètres de haut.               

     Elémentaire, mon cher Watson...

                                         

 

     A Punta Delgada, j'ai beaucoup aimé les "murales" ...

       

                                                 

  Pendant ce temps, Chimère se reposait au port... Port superbe, ultra moderne, bon marché, très spécifique dans son accueil - allez y, vous comprendrez...

      

   Le génois ayant été décousu sur plus de deux mètres à la bordure et déchiré au niveau de son ragage sur le balcon, il a été confié à un couple allemand vivant là depuis 1999 sur leur voilier, Swülk.

  Thomas et Any, totalement polyglottes, ont été les premiers à monter une petite entreprise de services aux navigateurs... Boat and Sail Service, qui a été depuis bien copié, mais n'a pourtant pas été vraiment admise... Difficile de s'intégrer pour ceux qui ne sont pas "né quelque part", comme chantait Georges...

  Pourtant, pour un prix au dessous du simple devis en France, mon génois est revenu parfaitement et soigneusement réparé en quarante huit heures. Si donc...

  Chimère donc se reposait au port... Mais est-ce le destin d'un voilier d'être ainsi immobile ?

   

    Nous repartons donc le jeudi 11 août, tôt le matin, en contournant São Miguel par l'est... Agnès, notre émérite routeuse, concordant avec nos envies de monter vers le nord, nous conseillera encore pour le retour...

   Au revoir à l'aube....

     

    Les habitudes se reprennent très vite...

    

  

       Quelques rencontres, rares, trop rares... Nous aurons vus quatre fois des cachalots, une ou deux baleines.

   

    Et, honte pour moi et ironie journalière pour Jean, je n'aurai sorti de l'eau aucun poisson en 24 jours de mer. Trois leurres bouffés, une dorade qui se détache à trois mètres et une bonite dévorée vive par quatre sternes affamés... Le dernier avalera la tête de la bonite, et je serai obligé de couper au dessus de ma tête la ligne qui volait !  

     La mer s'est vidée en moins de trente ans, même les oiseaux ont faim. Preuve triste d'un gachis absolu...

    Et puis, parce qu'il fallait bien que ça arrive... la panne... Monsieur GPS annonce moins de onze volts et s'arrête, voltage aux batteries à plus de quatorze, mais rien ne fonctionne correctemment, ni frigo, ni radar...

   Or la nuit est dure, quatre cargos en route de quasi collision, aucun n'est sous radar puisque MerVeille ne les signale pas, barre reprise deux fois en urgence...

   Le lendemain rebelote. Le cable du négatif entre la batterie et le moteur est desséré au niveau du moteur. Ouf...

   Mer plate, anticyclone des Açores, vent évanescent... Moteur... et pilote électrique...

  Dans la nuit du samedi 13 août, à 1h50, une lueur bleue très forte tombe du ciel. Je réveille Jean, on est quasi sur place, une heure à se crever les yeux... Sans doute une météorite...

  Le lendemain matin, la météo de RFI, confirmé par Agnès la routeuse et ses fichiers Grib, annonce une bonne dépression et des vents nord est... Du près, comme c'est étrange...

  La préparation - acrobatique - du p'tit dèj et du repas m'apportent quand même une bonne nouvelle : je suis amariné, mille milliards de mille sabords... Je vais même faire du pain !

  La panne électrique est revenue force 7, plus de GPS, plus de radar, MerVeille qui clignote louche... Vers 16 heures le dimanche 14, la mer étant provisoirement calmée, faut y aller... Je suis dans le trou en bas à gauche... Les lèvres purpurines de Jean s'ornent d'un fin sourire...

  

   Verdict : la deuxième masse se fait sur la fixation du filtre à fuel. Or le filtre gigote, retenu seulement par les tuyaux, une attache cassée, l'autre entièrement dévissée, donc le courant passe comme il peut... Réparation de fortune, mais qui tiendra.

  On remet le Volvo en route - fabriqué par Perkins en Chine sous licence ... - et quelques heures après, Jean me signale des vibrations anormales.

  Je plonge donc et commence à retirer des bouts de cordages coincés entre pales et cône d'hélice. Des ombres me frôlent. Je remonte... on va dire "en urgence", ce que ma clavicule cassée n'apprécie pas, et elle me le fait savoir. Chance, ce sont des dauphins ! J'y retourne donc, et termine par une douche froide.

  Quelques heures après c'est la cloche de tangon côté mat qui se casse. Où est le Cormoran de Coleridge ?

  

  La nuit, obligation de surveiller au radar, quatre cargos sur cinq n'allumant plus le leur. MerVeille ne sert plus à grand'chose, et c'est très ennuyeux - pour rester poli - car la consommation électrique n'est pas la même !

 Le jeudi 18, mer vraiment grosse par l'avant, des paquets d'eau s'écrasent sur la capote, mais le baro remonte, et notre routeuse nous annonce que plus on avance, plus ça se calme. En avant toute, soixante centimètres de génois à la place du string brésilien accélèrent Chimère de presque deux noeuds au loch !

  Au passage, et j'en suis désolé, pas de photo de mer en folie...

  Pazeen, Finistère, Rochebonne, Cantabrique. Au milieu de la croix des quatre zones, Chimère est encalminée. Mais la nuit est extraordinaire. Sans lune, les étoiles pétillent d'or sur le bleu noir du ciel. Puis des chalutiers partout, la carte indique plus de trois mille mètres de fond, et ça chalute de tous les côtés, cables tendus vers le fond. Un oiseau "de terre", visiblement à bout, se pose et restera une bonne journée à bord... Quand on croisera le bateau ci dessous, montrant ainsi une vive intelligence, monsieur Piaf nous quitte !

    

 

  Le moteur tourne beaucoup. Beaucoup trop pour les réserves...

  Les jours et les nuits passent... Nous gigotons autour du 45ème parallèle depuis presque huit jours, et ça nous amène pile poil sur la bouée d'atterissage de la passe sud de la Gironde !

                                         

  Il va faire nuit, mais la météo est bonne, les amers et les azimuths notés... A 22h 30, le 23 août, Chimère quitte l'alignement Saint Nicolas sur Pointe de Grave pour prendre celui du Chai sur Saint Pierre au 41° quand un projecteur inonde le cockpit, avant qu'un mégaphone nous enjoigne de répondre en VHF sur canal 10.

   Belle vedette, les douaniers ! Et superbe Zodiac qui nous accoste illico. Polis, plus que corrects, amicaux presque, mais clairement soupçonneux, trois douaniers resteront à bord jusqu'à notre amarrage à Port Médoc, et même un peu plus. Ils savent tout de nous, mais ce voilier qui revient direct des Açores, repéré sans doute par avion depuis longtemps, devait les intriguer.

  Tout a été fouillé, le livre de bord épluché, nos antécédents répertoriés par Internet depuis Henry IV, mais, heureusement, ils ne pousseront pas le zèle jusqu'au "démontage intégral" évoqué en demi-plaisanterie.

  

    Le lendemain retour à Bordeaux, quai d'honneur...

    

   Douze jours aller, douze jours retour, une route qui aurait sans doute pu être largement plus efficace tant à l'arrivée sur São Miguel - éviter le cap sud est, qu'au retour en tirant moins Nord au départ.

   Sur le grand routier, aller en vert et retour en rouge :

     

                                         Sur l'écran d'ordi d'Agnès, la "routeuse", notre route retour et les derniers fichiers Grib

                          

                                                                                                                                                                                       A suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                               

 

 

   

 

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